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Écrit par Manuel Posté le
Depuis trois ans, un atelier de formation professionnelle à la fabrication de cadres de ruches permet à plusieurs adolescents et adultes autistes les plus éloignés du monde du travail de l’appréhender en douceur. Qu’ils s’y projettent ou pas, chacun ressort avec une autonomie et une confiance en lui grandies.
Quatre petits tasseaux de bois, trois fils métalliques et une feuille de cire. Les cadres de ruche utilisés par Richard Lefranc, apiculteur en Haute-Saône, sont tout ce qu’il y a de plus simple… du moins en apparence. En réalité, leur réalisation nécessite plus d’une centaine d’étapes aux jeunes autistes qui participent à l’atelier ruches, initié par « Nos Enfants d’Ailleurs », association franc-comtoise regroupant des parents avec enfant autiste, et porté par la Fondation Pluriel à Besançon.
Depuis janvier 2023, ce projet leur permet de découvrir, à travers l’apiculture, le monde du travail et, à terme, pour quelques-uns, d’envisager l’inclusion professionnelle, en ESAT(1) par exemple. Les jeunes sont mobilisés sur trois missions : la fabrication des cadres, l’assemblage et la personnalisation de ruches, et l’étiquetage des pots de miel.
« Il y a trois ans, nous n’imaginions pas parvenir à ce niveau-là. Nous ne partions de rien. Notre gabarit consistait en une simple planche de bois. Aujourd’hui, nous utilisons l’impression 3D, du plastique dur, du métal. Les jeunes savent tenir une visseuse ou une perceuse », raconte l’éducatrice spécialisée qui coordonne cet atelier.
(1) – Établissement ou service d’accompagnement par le travail. Action pouvant entrer dans le cadre de la politique RSE de l’entreprise
Codifier plus de 600 gestes
Pour intégrer une tâche, la photographier, les jeunes adultes autistes ont besoin de confiance, de rigueur, de répétition et de guidance, principalement physique. Les gestes à effectuer doivent être clairement identifiés, même décortiqués. Ils doivent comprendre où l’éducateur veut les emmener. « Ils commencent par placer une seule baguette pendant que je tiens les trois autres, puis deux, puis trois… Ces opérations peuvent être répétées plus d’une centaine de fois ! »
Il faut aussi passer par des exercices détournés afin de développer certaines aptitudes comme la motricité fine ou l’attention conjointe. « Nous devons tenir compte de la fatigabilité face à la concentration que tout ce travail demande, des facteurs sensoriels et, parfois, de handicaps physiques. Nous leur faisons aussi découvrir ce qui touche à la ruche. Nous les initions au port de la vareuse, la condition pour voir l’étape de la récolte. En un an, seuls deux enfants ont accepté de la mettre. Ce sont des processus longs mais il est essentiel de les laisser évoluer à leur rythme », affirme l’éducatrice.
Pour les guider, celle-ci a élaboré un référentiel de gestes techniques, décrits par une consigne succincte et une photo. Il en comporte à ce jour plus de 600. « Les consignes sont très importantes pour l’acquisition des compétences et leur évaluation. Nous avons besoin de savoir ce qu’un jeune sait faire seul et ce qu’il est possible d’envisager pour son avenir. » Il servira aussi à former les prochains participants.
Des entreprises ambassadrices du projet

En 2026, huit ruches complètes ont déjà été assemblées par le petit groupe. En moyenne, une cinquantaine de cadres sont fabriqués chaque mois. Et l’apiculteur investi dans le projet n’est pas le seul à en percevoir le bénéfice et la richesse.
« Je cherchais à donner plus de sens aux cadeaux de fin d’année destinés aux clients et, quitte à dépenser de l’argent, que cela serve à une association. J’ai acheté 300 pots de miel, conditionnés sous forme de coffret à l’atelier. J’ai été agréablement surpris des nombreux retours, positifs et bienveillants, des clients. Le geste les a touchés », explique Anthony Chabod, dirigeant de la chaudronnerie Saire, qui parraine également une ruche.
De son côté, la société Électrolyse Abbaye d’Acey a acheté 450 pots de miel, offerts en mai, lors de ses 65 ans. Elle soutient l’initiative depuis ses débuts. « Nous avons pu constater concrètement l’évolution des jeunes au fil des années. Les voir gagner en autonomie, en confiance et s’investir pleinement dans ce projet a été à la fois inspirant et émouvant. Cet atelier a un réel impact ! », indique Betrand Sancey, son directeur opérationnel.
Récemment, les adolescents ont aussi préparé 650 pots qui seront distribués par l’association Micronora, autre marraine de ruches, lors de son salon qui se tiendra du 29 septembre au 2 octobre.
« La réussite est importante pour eux. Quand ils apportent le pictogramme symbolisant qu’ils ont fini une tâche, ils expriment, à leur manière, leur fierté », souligne leur éducatrice. Et chaque jour comporte ses petites victoires ! •
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