À propos de l'auteur.e
Reprendre l’entreprise familiale, c’est embrasser un héritage tout en y insufflant sa propre vision. Entre tradition et modernité, responsabilité et ambition, ils sont nombreux à relever ce défi. Nous avons rencontré à l’École des Managers, trois jeunes repreneurs qui, chacun à leur manière, se préparent à façonner l’avenir de l’entreprise transmise par leurs aînés. Entre passion, doutes et apprentissages, ils nous racontent leur parcours, leur attachement à cette histoire et leur manière d’envisager l’avenir.
Emmanuel, Locatelli Débardage

À 30 ans, Emmanuel Locatelli incarne la relève de l’entreprise familiale Locatelli Débardage, installée à Pierrefontaine-les-Varans. Forte de 20 salariés, la société rayonne dans le secteur de l’exploitation forestière depuis trois générations. Bercé dès l’enfance par les sons des tronçonneuses et les virées en forêt, Emmanuel n’a jamais douté de sa vocation. « Je voulais en faire mon métier, alors j’ai fait un BTS en gestion forestière. J’aurais aimé devenir bûcheron chez nous, mais mes parents préféraient que j’aille voir ailleurs. » Après un apprentissage en coopérative forestière, il passe avec brio le concours de l’ONF et quitte la région pendant quatre ans. Mais c’est dans les forêts comtoises qu’il choisit de s’ancrer en 2018, rappelé par son père. L’entreprise a alors besoin d’un acheteur. Emmanuel gravira rapidement les échelons, se formant sur place à plusieurs métiers. Aujourd’hui commis de bois, il repère et achète les parcelles sur pied, organise les chantiers, coordonne les équipes et planifie les livraisons. Un rôle central dans la filière bois. « J’ai commencé jeune, ça m’a permis de gagner la confiance des équipes. Ils m’ont vu commencer en bas de l’échelle. Je suis sur le terrain avec eux, qu’il pleuve ou qu’il vente. C’est ce que j’aime, la diversité du métier, le contact humain, être dehors. »
Co-gérant depuis 2024 aux côtés de son père, il s’inscrit dans une continuité tout en insufflant sa propre vision. « Il y a parfois des désaccords, j’ai envie de faire bouger les choses, lui, est plus prudent. Mais on en discute, sans tension. » Formé à l’école des managers dans l’optique de reprendre petit à petit l’entreprise, Emmanuel Locatelli prépare l’avenir avec beaucoup de clairvoyance : préserver l’existant et l’identité familiale tout en dessinant les contours d’un métier en mutation. « Notre métier va devoir changer en raison du réchauffement climatique et des forêts de plus en plus malades. Nous envisageons de développer la sylviculture ou encore de replanter davantage de feuillus pour favoriser les peuplements mixtes. »
Pour l’heure, le binôme père et fils vient d’investir 650 000 € dans une abatteuse nouvelle génération. Plus sécurisée et plus performante, elle est symbole d’une modernisation nécessaire pour faire entrer ce métier séculaire dans une nouvelle ère.
Pauline, Scierie Regnaud

Rien ne destinait Pauline Regnaud à reprendre la scierie familiale fondée par son grand-père en 1973 à Courvières, dans le Haut-Doubs. Si elle a grandi dans l’univers du bois, c’est surtout à l’étranger qu’elle a longtemps rêvé sa vie. Études de langues, Erasmus, voyages au long cours en Australie, Nouvelle-Zélande, Asie du Sud-Est… puis un détour par la cuisine et la restauration en Norvège. Avant de revenir à Courvières, Pauline a multiplié les expériences. « J’ai longtemps tergiversé. L’entreprise a toujours fait partie de notre quotidien et la porte était grande ouverte. J’y suis entrée une première fois en 2010, comme agent administratif mais au bout de cinq ans, j’ai eu besoin de découvrir autre chose. Mon père avait consacré toute sa vie à la scierie, et moi, j’avais l’impression de ne pas encore avoir tout vécu. » Pourtant, à force de retours, elle finit par se réinstaller durablement dans la scierie familiale lors de la crise sanitaire. Elle est alors dans un nouvel état d’esprit. « J’avais fait ce que j’avais envie de faire. Cette fois, j’étais prête. » En 2020, elle signe un CDI et trouve peu à peu sa place dans l’entreprise aux côtés de son frère Julien, arrivé en 2007. Chacun a son domaine : lui, le commercial, elle, la gestion du groupe (RH, administratif, coordination entre les trois sites – la scierie et deux négoces en Bourgogne). « Je me déplace souvent pour accompagner les équipes sur les trois sites. J’ai besoin de bouger, ça me définit. »
Passée par l’École des managers pour renforcer ses compétences et prendre confiance en elle, Pauline se prépare aujourd’hui à reprendre officiellement l’entreprise avec Julien, dès 2025. Leur père, Christophe Regnaud, encore présent malgré sa retraite, continue de garder un œil sur la production : il a dernièrement piloté les 4 millions d’euros investis en 2024. « Cet investissement nous apporte plus de flexibilité, optimise la production et améliore les conditions de travail. » Avec 35 salariés, deux négoces sous l’enseigne Haut-Doubs Bois et une nouvelle génération aux commandes, la scierie Regnaud s’apprête à entamer un nouveau chapitre.
Jules, SP Solutions

Lorsque Roland Streit tourne la page après des décennies à la tête du groupe industriel familial, il est loin d’aspirer à une retraite tranquille.
À peine libéré de ses fonctions de PDG, ce passionné de rallye depuis les années 1970 propose à son fils Jules, alors agent immobilier, de relancer un vieux rêve : créer un garage dédié aux voitures de collection et de course. Telle est la genèse de SP Solutions, installée depuis 2021 à Pompierre-sur-Doubs, dans le Pays de Clerval. À sa tête, un trio d’associés complémentaires : Roland Streit, président, Jules Streit, co-dirigeant en charge de la gestion administrative, commercial et RH, et Cyril Picoche, co-gérant responsable des ateliers.
Derrière SP Solutions, il y a donc une triple histoire. Celle d’un père, un chef d’entreprise qui a couru les plus grands rallyes du monde en amateur ; celle d’un fils qui découvre à son tour les responsabilités de dirigeant ; et celle d’un ami fidèle, expert en mécanosoudure et ancien copilote de Roland. Ensemble, ils ont bâti une entreprise à double cœur : d’un côté, la mécanosoudure, la serrurerie et la chaudronnerie pour des clients industriels locaux ; de l’autre, leur garage. D’abord centré sur les voitures anciennes (Coupé 504, Triumph, Ford GT 40, 205, Mehari, DS, Mercedes 250 SL…), le garage s’est ouvert à tous types de véhicules en 2023, sous l’enseigne Top Garage. Une façon de diversifier l’activité tout en assurant un socle économique solide.
Avec sept salariés, 1 200 m² d’ateliers et un projet d’agrandissement, l’entreprise poursuit son développement pas à pas. « Notre priorité, c’est de poser des fondations solides et de grandir à taille humaine. Nous allons aussi développer d’autres marchés un peu plus spécifiques. » Formé lui aussi à l’École des managers, le jeune
co-dirigeant a su affiner sa vision stratégique. « C’est un vrai gain de temps : on apprend à lire un bilan, à avoir une vision d’ensemble, à structurer notre projet… Et on sort de la solitude du dirigeant. » Si Roland garde un œil sur la stratégie, Jules et Cyril assurent le management quotidien. « Mon père n’intervient pas dans la gestion courante, mais il est là quand on a besoin de lui. Le rejoindre dans ce projet nous a rapprochés. C’est la plus belle richesse de cette aventure. Grâce à lui, j’ai compris l’engagement que demande l’entrepreneuriat », confie le jeune homme aujourd’hui âgé de 31 ans
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