À propos de l'auteur.e
Dans un monde dominé par les écrans, il reste des artisans qui, patiemment, redonnent vie aux livres, anciens ou modernes, abîmés, adorés, parfois oubliés. Parmi eux, Elvina Fonquernie, relieuse installée depuis 2020 dans son atelier niché au cœur du centre diocésain de Besançon. Sous ses mains, les histoires trouvent un nouvel écrin solide pour traverser le temps et les générations.
Derrière une porte discrète de la Boucle, avec vue sur les rayonnages de la prestigieuse bibliothèque Grammont, se cache un petit atelier de reliure plein de vie. On pourrait s’attendre à un lieu silencieux et solitaire, mais on y découvre un espace animé et joyeux. Ce n’est pas un hasard si Elvina Fonquernie, 35 ans, a choisi de baptiser son atelier « Elle vit la reliure ». Car ici, le métier bat au rythme des allers et venues : stagiaires en formation ou clients venus confier leurs ouvrages dans l’espoir de leur offrir une seconde vie.
Un premier livre à 16 ans
Ce goût pour les livres, Elvina le cultive depuis l’adolescence. Peu attirée par les métiers derrière un écran, c’est un souvenir d’adolescence qui l’oriente vers la reliure : à 16 ans, son grand-père, relieur amateur, lui apprend à coudre son tout premier livre. Douée et passionnée, elle choisit de poursuivre dans cette voie et enchaîne diplômes et expériences : CAP Reliure et Dorure, Brevet des Métiers d’Art au prestigieux lycée Tolbiac à Paris, Diplôme des Métiers d’Art à l’école Estienne, stages chez des maîtres relieurs en France et à l’étranger… « Une prof nous disait : on ne fait pas un bon relieur en moins de 10 ans », sourit-elle. Avant d’ouvrir son propre atelier en 2020, Elvina travaille comme relieuse salariée et explore même la maroquinerie. Une expérience vite abandonnée : « Je sentais que les objets que je fabriquais n’avaient pas d’âme. » Car pour elle, chaque livre porte une histoire, parfois une vie entière. Comme cette cliente venue confier le carnet de cuisine de sa mère, sage-femme, qui y notait les recettes que chaque maman lui donnait après son accouchement. Bible de famille, BD d’enfance à transmettre, thèse de médecine, livres anciens chinés ou roman jamais publié… « Chaque ouvrage est une découverte. Les gens viennent avec leur livre, leur histoire. Aucune journée ne se ressemble », confie-t-elle
Restaurer sans trahir
Relier un livre, c’est d’abord le démonter pour mieux le reconstruire. Page après page, Elvina défait l’ouvrage, restaure les feuilles abîmées, puis les recoud par groupes pliés appelés « cahiers ». Il lui faut environ une heure pour coudre un livre standard, parfois trois pour des ouvrages plus volumineux. Deux jours pour relier un livre entier, séchage et temps de presse compris.
Assise à son établi, la relieuse est aujourd’hui en pleine phase de couvrure : toile, cuir, papier marbré… Chaque matériau est choisi avec soin pour correspondre à l’usage prévu et l’envie. D’un geste précis, lent et ferme, elle pousse un fleuron sur un cuir encore vierge. Puis, dans cette empreinte, elle applique une fine feuille dorée. Le fleuron chauffé viendra y déposer son motif, gravant un titre, des initiales ou de discrets filets décoratifs.
Face à elle, Léonie, jeune stagiaire en formation, s’affaire à réparer les pages d’un livre ancien marqué par les ans. Avant toute reliure, il faut réparer ce qui peut l’être avec des papiers du Japon ou Bolloré, souples, résistants et proches du grain d’origine. L’étudiante découpe une pièce sur-mesure pour combler une lacune ou renforcer une déchirure. La colle à base d’amidon, est obligatoirement réversible et n’altère pas le papier d’origine. « La réversibilité est une règle majeure de la restauration car on considère que tout doit pouvoir être défait, dans l’idée que de meilleures techniques pourraient émerger à l’avenir », explique Elvina.
La loi oblige à relier les actes civils
Si le métier peut sembler confidentiel, il est pourtant indispensable aux collectivités. Chaque année, des milliers d’actes civils — naissances, mariages, décès — sont confiés aux relieurs professionnels pour être conservés. En effet, une loi française impose aux mairies de faire relier ces documents de manière durable. « La brochure dos carré collé, qu’on trouve dans les livres de poche, est proscrite. Trop fragile, elle permettrait de retirer une page sans laisser de trace. À l’inverse, une reliure cousue laisse forcément une empreinte : impossible d’arracher une feuille sans endommager l’ensemble. C’est une garantie d’authenticité et d’intégrité. »
Quand la reliure devient un art
Passionnée par la reliure d’art, Elvina participe chaque année aux Biennales Mondiales de la Reliure d’Art. « Dans la reliure d’art, il y a une véritable démarche artistique : on s’imprègne de l’histoire du livre pour lui donner un écrin à sa mesure, une intention. » Parmi ses créations préférées : un tome de Harry Potter transformé en livre plein cuir, à cinq nerfs, avec dessin sur la tranche.
Pour l’avenir, Elvina reste confiante. « Il y a une nouvelle génération de lecteurs passionnés, prêts à investir dans un beau livre. Il suffit de regarder les rayons « jeunes adultes » : on y trouve des éditions avec de belles dorures et des reliures cartonnées. C’est encourageant. » •
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