À propos de l'auteur.e
Avant que les amplis grondent et que les foules s’embrasent, ils sont déjà là. Ceux qui organisent, règlent, montent, démontent, gèrent les innombrables défis techniques et humains. Ceux pour qui les Eurockéennes ne durent pas quatre jours, mais une année entière. Immersion dans les coulisses de l’un des festivals les plus emblématiques de la scène musicale française.
En attendant que la musique commence…
Avant le premier accord, il y a le silence. Celui d’un site encore nu, bordé d’eau, où rien ne semble annoncer l’effervescence à venir. Une presqu’île à modeler, un puzzle logistique géant à assembler.
En cette fin juin ensoleillée, un tractopelle façonne la plage avant l’installation de la scène éponyme. Plus loin, une structure en acier s’élève lentement vers le ciel. On devine la future et géante Green Room, celle qui s’apprête à accueillir cette année l’ovni Philippe Katerine. Entre autres. Au milieu du champ déjà largement foulé, les lettres géantes des Eurockéennes rassemblées dans un joyeux bordel. Cachée dans le backstage, une équipe administrative est en pleine réunion. De nombreux corps de métiers s’activent et pourtant il règne une sorte de sérénité absolue dans cette magnifique presqu’Ile du Malsaucy.
Chaque été, depuis 37 ans, les Eurockéennes deviennent une ville éphémère où rien n’est laissé au hasard. Si plus de 450 personnes s’activent en coulisses les dernières semaines, ils ne sont qu’une poignée à œuvrer dans l’ombre toute l’année pour que la magie opère. Neuf permanents. Neuf vigies du festival, dont deux figures incarnent des piliers essentiels : Kem Lalot, programmateur, et Chloé Lasserre, régisseuse technique. L’un dessine les grandes lignes artistiques – le cœur battant du festival-, l’autre bâtit la structure qui les rend possibles

On ne le voit jamais sur scène, et pourtant, sans lui, l’énergie des Eurockéennes ne serait pas la même. Depuis plus de vingt ans, Kem Lalot orchestre la « bande-son » du festival, jonglant entre envies artistiques, contraintes logistiques et négociations parfois musclées.
Programmateur en chef d’un événement qui a rassemblé cette année 130 000 festivaliers – la deuxième plus forte affluence de son histoire –, il jongle avec les styles, les générations et les noms : têtes d’affiche, artistes émergents, pépites locales et coups de cœur inattendus… Un vrai jeu d’équilibriste. « Contrairement à une salle de concert qui peut se rattraper d’un trimestre à l’autre, nous, on a qu’une chance et il ne faut pas se planter », confie-t-il. Alors, tout commence bien en amont. Très en amont. Comme pour la venue d’Iron Maiden en 2025, dont les discussions ont débuté en février… 2024, avant même que certaines négociations de l’édition 2024 ne soient finalisées. Des jours, des mois, parfois des années d’allers et retours pour décrocher un nom.
Tirer le fil des tendances, garder un coup d’avance car « tout va de plus en plus vite », séduire les jeunes sans perdre les fidèles de la première heure, rivaliser face aux mastodontes européens et leurs budgets XXL : un casse-tête permanent. Sans parler du Tetris des plannings, les contraintes techniques, les fuseaux horaires et les ego d’artistes : « Il y a ceux qui veulent jouer tôt car ils jouent loin le lendemain, ceux qui veulent jouer tard parce qu’ils sont loin la veille et ceux qui arrivent en avion, en bus, en train… », sourit-il avant de lâcher : « Et puis, tout le monde veut jouer de nuit. Mais il faut bien que certains montent sur scène de jour ! »
Kem fouille, écoute, parcourt le monde. Une à deux fois par mois, il s’éclipse en festival, en quête de pépites. C’est aux États-Unis qu’il a repéré, bien avant leur explosion mondiale, Amy Winehouse, Arctic Monkeys ou Coldplay. « J’ai découvert beaucoup d’artistes émergents à Austin, au Texas. » Derrière son flegme, quelques pointes de tension, surtout à l’approche de l’annonce de la programmation. « Le pire, c’est quand tu as une super prog’… et que les gens disent : « Ah ouais, bof ». » Et parfois, la tuile de dernière minute : en 2001, Motorhead, co-tête d’affiche avec Iggy Pop, annule la veille pour une chute de scène. Rien à faire. À l’inverse, il y a les millésimes. 2006 : Muse, Daft Punk, Dépêche Mode, Les Strokes partagent l’affiche. « Une année de fou ! 20 ans après, la même affiche serait impossible. » Un dernier conseil aux festivaliers ? « Soyez curieux. Ne restez pas bloqués sur une scène. Même si vous avez un style de prédilection, allez voir ailleurs. Vous ferez de belles découvertes. » CQFD.

Talkie-Walkie en main, plan gravé dans un coin de tête, Chloé Lasserre arpente les coulisses des Eurockéennes avec l’assurance tranquille de ceux qui maîtrisent leur partition. Derrière les sons qui claquent, les lumières qui brillent, les infrastructures qui doivent tenir bon quatre jours, il y a la vigilance de ce petit bout de femme et ses équipes. À une semaine de l’ouverture, tout semble encore à faire. Elle affiche pourtant un calme olympien. En apparence. Car à 33 ans, elle est l’une des rares femmes en France à occuper ce poste sur un grand festival. C’est elle qui coordonne – de l’amont au démontage – une armée de régisseurs, techniciens, décorateurs, directeurs techniques, prestataires. « On démarre le 26 mai, depuis notre dépôt, avec tous les régisseurs principaux. C’est là qu’on transmet les plans, qu’on fait le point sur les nouveautés de l’année. Ensuite, on arrive sur site le 2 juin. C’est un montage long », précise-t-elle. Entre un plan 3D à valider, un bar à modéliser, les ajustements du backstage, la gestion de la décoration, de la signalétique, de la sécurité, les devis son, lumière, scènes, les rendez-vous préfectoraux ou encore les caprices délirants des stars… Tout passe par elle. Chloé orchestre les Eurockéennes avec la rigueur d’une cheffe de chantier et la délicatesse d’une horlogère, car chaque détail compte, pour que rien ne déraille. Même quand les imprévus s’invitent à la fête. « L’année dernière, il pleuvait tellement qu’il y avait de la boue partout. Nous avons dû remblayer pour que les issues de secours demeurent accessibles… Car le plus important, c’est la sécurité des personnes. »
Dans un univers encore très masculin, elle impose son style sans hausser le ton. « Je connais les facettes des techniciens, je sais de quoi je parle. En général, dans l’événementiel, les femmes sont respectées car ce sont des travailleuses », sourit-elle. Ce qu’elle préfère ? Ce moment où la foule entre. « Quand on ouvre les portes à 17h, qu’on monte sur scène et qu’on voit 30 000 personnes qui arrivent, là, on se dit : « on a organisé un beau bordel » Passionnée, Chloé Lasserre l’est assurément. Une condition sine qua non pour tenir le rythme. Et à quelques jours de l’arrivée des artistes, des camions, du public, elle est là. Dans son élément.
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