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Écrit par Manuel Posté le
« Sans ce don, notre drame aurait été plus grand encore »
Le don d’organes est une cause délicate. Un trait d’union entre la vie et la mort, souvent difficile à tracer lorsque le drame s’impose, et un sujet encore tabou lorsque tout va bien. Pour Philippe Patton, la vie s’est chargée de précipiter les choses. En juin 2025, ce Bisontin, Pontissalien d’adoption, est devenu président de la Fédération des associations pour le don d’organes et de tissus humains (France ADOT).
Diplômé de Supmicrotech puis, pêle-mêle, ingénieur de mise au point dans l’industrie, directeur d’une structure d’accueil diocésaine et chargé d’affaires et de communication chez De Giorgi depuis 2013… Comment est arrivée la cause du don d’organes ?
Philippe Patton : « Ces trois domaines professionnels, aux antipodes les uns des autres, ont un dénominateur commun : le goût pour les relations humaines. C’est aussi ce qui m’a conduit à m’investir, dès la majorité, dans le monde associatif. En 2009, le décès soudain de notre fils de 19 ans, brillant étudiant en médecine, a déclenché mon engagement pour le don d’organes. Il a succombé à une chute, lors d’une randonnée en Écosse. Les secours sont arrivés à temps, la réanimation a été mise en place et le décès a été constaté rapidement. Les conditions d’un don étaient réunies. »
La décision a-t-elle été difficile à prendre ?
P. P. : « C’est un sujet que nous avions déjà abordé avec Benoît, notre fils. De mon côté, j’avais été sympathisant de l’association pour le don d’organes et de tissus humains dans le Doubs (ADOT 25) à l’âge 18 ans. Avec le recul, mon épouse et moi nous sommes dit que sans ce don, le drame aurait été plus grand encore et le deuil plus difficile. La disparition revient douloureusement mais elle est quasiment simultanément compensée par le sentiment qu’il reste une trace de lui quelque part. Un don permet à quatre ou cinq personnes de continuer à vivre. C’est de cela dont nous témoignons à travers France ADOT. »
Le message passe-t-il ?
P. P. : « La mort reste taboue. Dans les sondages, entre 74 et 80% des Français se disent favorables au don de leurs organes mais quand la possibilité se présente, le taux de refus est de 37%. Cela ne vient pas d’une opposition du défunt – sans inscription au registre des refus, nous sommes tous donneurs présumés – mais des proches qui auront à assumer, ce jour-là, le rôle le plus difficile de leur vie. Quand la question est résolue entre proches dans des temps calmes, on peut y répondre sereinement le jour venu. C’est notre slogan : Savoir pour ses proches, ça change tout. »
Comment, à partir de ce drame personnel, vous êtes-vous engagé ?
P. P. : « En 2014, parrainés par l’ADOT 39, nous avons relancé l’association du Doubs qui n’existait plus depuis les années 2000. En juin 2025 j’ai été élu président de France ADOT qui regroupe 60 associations départementales. C’est un engagement passionnant mais beaucoup plus chronophage que je ne l’imaginais ! »
Quelles sont vos missions au niveau national ?
P. P. : « Ma première mission est d’assurer la cohésion au sein d’un réseau créé en 1969, au lendemain des premières greffes de cœur. L’autre chantier important a été de renouveler notre agrément avec l’Éducation nationale, d’autant plus primordial que la thématique a presque disparu des programmes. Intervenir en milieu scolaire, c’est s’adresser à la jeunesse, pérenniser et développer le don. Nous sommes également très proches des milieux sportifs. Au niveau national, nous collons tout juste à la fourchette basse de 6 000 dons d’organes annuels fixée par le plan interministériel 2022-2026. Nous sommes là pour nous battre et ne rater aucune occasion de don. » •
Pour en savoir plus :
www.france-adot.org
France ADOT 25 – 4, rue Sébastien Racle, Pontarlier
03 81 38 23 14
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