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Écrit par Manuel Posté le
Elle passe les champignons à la loupe
Elle s’imaginait vétérinaire. Elle s’est finalement découvert une tout autre vocation : les champignons. Pas ceux qui fleurent bon le sous-bois ! Ceux qu’elle récolte, microscopiques, elle les conserve et les étudie en laboratoire, afin de comprendre comment ils altèrent nos intérieurs et notre santé. Rencontre avec Steffi Rocchi, microbiologiste au sein de l’équipe de mycologie du CHU Besançon Franche-Comté.
Steffi Rocchi est ici chez elle. Et elle y est bien, sans aucun doute. Blouse blanche et baskets à paillettes, la microbiologiste, qui nous reçoit dans le labo de l’UFR Santé de Besançon, a le rire et la parole faciles. Elle s’anime lorsqu’elle parle de son travail au sein de l’équipe de mycologie du CHU Besançon Franche-Comté, associée, pour la partie recherche, à l’UMR Chrono-environnement(1), alors même qu’elle devrait être en train de récupérer un peu de son sommeil manquant de jeune maman.
La mycologue confirme : « C’est un monde fascinant ! Je m’émerveille quand je regarde un champignon sous le microscope. Celui que j’étudie le plus, Aspergillus fumigatus, possède trois modes de reproduction différents entre lesquels il choisit en fonction de son environnement. »
Cette vocation aurait pourtant pu rester hors culture. « Je suis arrivée à la faculté de Sciences un peu par hasard. J’ai passé une licence de biologie-écologie sans trop savoir où cela me mènerait, puis j’ai choisi de poursuivre en master recherche Vie, Terre, Environnement, Santé, Société. »
Traquer les spores
Le déclic opère en 2010, lors de son stage de deuxième année, consacré au risque fongique lors du retour à domicile des patients atteints de leucémie. « Je ne connaissais ni les champignons ni le milieu hospitalier ni les patients immunodéprimés. J’ai appris les gestes et les réflexes sur le terrain. J’avais étudié l’environnement mais pas nos environnements. »
Avec l’équipe de mycologie, le courant passe, son goût pour la recherche s’affirme. Gabriel Reboux, l’un de ses maîtres de stage, lui propose une thèse. « En France, c’est LE mycologue ! Il m’a mis le pied à l’étrier. Quand il a relu mon premier article, il l’a jugé inodore et sans saveur. Aujourd’hui, il est à la retraite mais nous continuons à écrire ensemble. »
Pendant trois ans, Steffi explore le lien entre les micro-organismes présents dans nos habitats et les maladies respiratoires infectieuses et allergiques. « Il est capital d’approfondir le suivi à domicile des patients immunodéprimés. Aspergillus fumigatus, par exemple, entraîne des infections avec des taux de mortalité élevés. Ses spores mesurent 2 µ, il est thermotolérant et peut envahir le tissu pulmonaire. Il est présent partout : sur les fleurs séchées, les sachets de thé ou de poivre… »
Avancer en équipe
À 38 ans, la chercheuse coordonne désormais une partie d’un projet européen, porté par les Pays-Bas, pour comprendre et cartographier la résistance aux antifongiques de dangereuses espèces : 800 points de collecte rien qu’en France, plus de 600 échantillons récoltés, plus de 3 000 souches à analyser en détail. Un travail colossal pour la seule équipe française intégrée à l’étude. « J’ai travaillé pendant un an et demi dans le privé mais ce projet s’est présenté comme une opportunité. Je me sens bien dans la recherche publique, en dépit de la précarité de mon poste et de l’impossibilité de déposer des projets en mon nom. »
Si être femme et mère ne lui a jamais paru être un frein à sa carrière, son attachement au territoire où elle a construit sa vie, si… mais pas de quoi brider son enthousiasme. « J’aime écrire les projets, partager la connaissance, fédérer une équipe et avancer avec elle ! » Deux collègues de longue date abondent : « Avec Steffi, c’est un vrai travail collectif. Elle nous inclut de A à Z, nous ne sommes pas juste des petites mains. »
(1) – Unité mixte de recherche sous double tutelle du CNRS et de l’Université Marie-et-Louis-Pasteur.
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