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Écrit par Manuel Posté le
La deuxième vie de l’horlogerie
La transmission de la culture horlogère régionale s’est imposée à la restauratrice du patrimoine comme une évidence, après un parcours hors du commun. Investie dans la démarche Unesco qui a permis, en 2020, d’inscrire les mécaniques horlogère et d’art au Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité, elle a installé son atelier à Besançon en 2018. Son crédo : agréger les compétences.
Dans son atelier de restauration d’art, Ryma Hatahet déballe l’une de ses curiosités du moment : un oiseau chanteur du XIXe siècle appartenant à la Maison de la magie, à Blois. L’automate, unique, a été conçu et mis au point par le père de la magie, également horloger. Ses mouvements, elle les connaît donc bien. En plus d’être spécialisée dans les arts du métal, la restauratrice de 40 ans se passionne pour l’horlogerie ancienne. Près de 80% des demandes auxquelles elle répond concernent cette expertise rare et reconnue. « Dès que j’ai commencé à travailler, la partie mécanique m’a intéressée », se remémore-t-elle.
Ryma la Normande fait alors ce qu’elle fait toujours : creuser. Jusqu’à dénicher une formation d’horloger à l’AFPA de Besançon. Première rencontre. « L’horlogerie est la mécanique mère, tout en découle. Aujourd’hui, le métier est souvent réduit à un opérateur mais avant les horlogers touchaient la matière et écrivaient des livres. Ils ont fortement contribué aux évolutions techniques comme l’informatique. » Pendant dix mois, les réglages au centième de millimètre éprouvent sa patience et sa dextérité.
De la céramique à l’horlogerie
Rien qui ne l’effraie : la jeune femme au regard aussi doux que son débit de parole est rapide et sa pensée foisonnante a, derrière elle, un solide bagage. Pour entrer à l’Institut national du patrimoine option « arts du feu », elle a entrepris de s’initier à la céramique. Une démarche qui paie, puisqu’elle est sélectionnée.
Au bout d’un an d’études, elle souhaite finalement bifurquer vers le travail du métal mais pour cela, ses enseignants l’exigent, elle doit se former à la bijouterie. C’est ce qu’elle fait pendant deux ans, le soir, en plus de ses cours. « Le métal me paraissait plus intéressant à restaurer que la céramique. Quand on comprend le procédé, la corrosion a quelque chose de très beau. Le profil historique, c’est la matière avec le passage du temps. Il faut l’altérer le moins possible. »
Elle voit l’horlogerie comme un nouvel environnement métallique à appréhender. Elle effectue un apprentissage auprès de l’horloger, restaurateur et constructeur Jean-Baptiste Viot : « C’était très intense ! La demande a précédé la fin de ma formation. Je n’avais pas conscience qu’il existait un marché de la restauration de montres. »
Casser les codes
Ryma est une ovni, elle le sait. Son parcours atypique, à la croisée du patrimoine et des sciences, séduit. La restauratrice pilote par exemple la maintenance des horloges des châteaux de Fontainebleau et de Versailles. Elle est également sollicitée par des musées de la région pour leurs collections métalliques, et plus particulièrement par le Musée du Temps pour l’horlogerie. Elle réalise notamment l’étude préalable à la restauration de l’horloge astronomique de Besançon : 250 pages ! « Ce n’est pas juste une horloge mais une horloge monumentale d’édifice avec des aspects extrêmement rares. » Dix professionnels sont ainsi mobilisés dans une approche pluridisciplinaire : « Quand on restaure une montre ou une horloge, on considère un système, pas juste un élément. Je diminue mon expertise en ne m’intéressant qu’au mécanisme. » Créer des équipes pluridisciplinaires pour répondre à des demandes complexes devient sa signature : « En horlogerie, on travaille souvent seul mais le patrimoine, c’est le partage des connaissances. Je viens casser les codes. »
Son autre préoccupation : la transmission. « Il y a déjà une nouvelle génération de l’horlogerie. Il faut laisser de la place pour les plus jeunes et les soutenir tout de suite, car il est de plus en plus difficile de se lancer. On va également avoir besoin de restaurateur d’horlogerie ancienne. » Aussi l’instigatrice du Sommet interprofessionnel en horlogerie et mécanique d’art(1) et membre d’Arc horloger, est-elle en train d’imaginer un pôle de compétences locales pour « fédérer, porter une voix » et une proposer une alternative à la montre suisse. « Nos artisans d’arts ont une culture et des savoir-faire reconnus par l’Unesco. Il faut maintenant nous reconnaître nous-mêmes ! » •
(1) – La 3e édition s’est déroulée lors des 24h du Temps à Besançon.
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