
Numéro 2
Magazine gratuit
Parution annuelle
Disponible dans plus
de 500 points de vente
en Franche-Comté.
Écrit par Manuel Posté le
Rendez-vous est donné aux Hôpitaux-Vieux sur son stade, à quelques kilomètres de la maison familiale. Comme l’animal dont elle porte (presque) le nom et qu’elle a encré sur sa cuisse, on croit furtivement l’apercevoir dans son t-shirt orange, avant d’en perdre la trace au détour des sapins qui jalonnent la piste chauffée par un soleil déjà haut. On découvre la biathlète Lou Jeanmonnot pour de bon sur le pas de tir :
une force de concentration face aux cibles. Malgré l’effort, le rouge aux joues et le timing serré, Lou, souriante, accessible et humble mais sans fausse modestie, répond avec franchise à nos questions. Des valeurs qui semblent la guider en interview comme dans la vie.
Lou Jeanmonot : « Aucun endroit ne fait l’effet de la maison »
Son lien avec le Haut-Doubs, son avenir professionnel ou encore ce que le biathlon et la récente notoriété lui apprennent d’elle-même, la médaillée olympique à Milan-Cortina et lauréate du Gros globe de cristal 2026, a accepté de le partager avec Papote. Interview loin des pistes enneigées.
On ne peut pas louper l’énorme panneau indiquant la direction du stade qui porte ton nom. Quel effet cela te fait-il ?
Lou Jeanmonnot : « Mes copains en rigolent beaucoup parce que c’est littéralement le panneau le plus gros du coin ! Plus sérieusement, je trouve ça très cool d’avoir un stade à mon nom mais j’en suis presque gênée. Je suis loin d’être la première athlète performante du secteur : Vincent Defrasne, Alexandre Rousselet, Denis Sandona, qui fait partie des débuts du biathlon… Que l’on me fasse cet honneur me touche vraiment. »
Justement, quel lien entretiens-tu avec ce territoire qui « t’offre » ainsi son stade ?
L. J. : « C’est un vrai sujet parce que je cherche à acheter une maison dans le secteur. J’ai eu la chance, à travers le sport, d’avoir découvert plein d’endroits incroyables que j’ai presque à chaque fois adorés mais aucun ne m’a fait l’effet de la maison. C’est un sentiment indescriptible ! Je sais bien que le lac de Saint-Point n’est pas le plus beau de France, que le Mont d’Or n’est sans doute pas la montagne la plus jolie mais à chaque fois, quand je rentre, je me sens vraiment chez moi. On a tous, j’imagine, un petit peu cette sensation-là. J’adore voir des paysages incroyables dans les Alpes, les Pyrénées, le lac du Bourget… Mais être ici, c’est être à la maison. C’est une question de lien, de racines. »
Ta famille contribue-t-elle aussi à ce sentiment d’appartenance ?
L. J. : « Mes parents sont là, ainsi que mes oncles, tantes et grands-parents… Et ma sœur, dont j’ai toujours été très proche même si nous sommes très différentes. Nous sommes amies autant que sœurs. Dans notre relation, le biathlon est presque un détail même si c’était cool de pouvoir partager certains moments(1). Donc sans ma famille, ce serait très différent ! Je pense que la Franche-Comté, c’est aussi cela : les gens, les valeurs, la cohésion. De ce que j’ai pu voir ailleurs, j’ai l’impression que ça n’existe que chez nous. Quand je suis arrivée en équipe de France A, Anaïs Bescond et Quentin Fillon-Maillet, les deux grandes stars du moment, m’ont tout de suite mise très à l’aise, comme si j’avais eu, sur place, une grande sœur et un grand frère. Peu de gens ont cet effet-là. C’est quelque chose de chez nous. On est en famille ! »
Nous avons vu ta maman t’aider pendant ton entraînement, ce matin. Quel rôle tes parents ont-ils joué dans ta carrière ?
L. J. : « Mes parents ont toujours été très présents pour ma sœur et moi. Lorsqu’ils nous ont inscrites au club de l’Olympic Mont d’Or, ils sont rapidement devenus bénévoles et c’est toujours le cas aujourd’hui. Ils nous ont transportées partout ! Aujourd’hui, il s’agit plus d’un soutien moral, mais ils ont été les taxis, les fans, les farteurs, les techniciens et les entraîneurs. Quand les épreuves de coupe de monde se déroulent en Europe, ils font quasi-systématiquement le déplacement. »
Adolescente, tu partageais ton temps entre le ski et le VTT. Qu’est-ce qui a fait pencher la balance ?
L. J. : « En réalité, le choix était déjà fait. Le ski a toujours eu la priorité. Ici, c’est le sport de base. J’y retrouvais les copines, on faisait des jeux dans la neige, on rigolait bien et on buvait un chocolat chaud à la fin. C’était mon truc préféré ! »
Le biathlon te procure-t-il toujours autant de plaisir ?
L. J. : « Pour moi, le biathlon c’est d’abord du jeu, surtout le tir. Je ne sais pas si tu as déjà tiré mais c’est très ludique… il me suffit de voir mes grands-parents derrière une carabine ! Un tir n’est jamais parfait, il y a toujours quelque chose à améliorer. Quant au ski, à la sensation de glisse, c’est ce qui m’a accrochée et qui est toujours présent. La passion est intacte mais la quête est différente. Je prends plaisir dans la performance, le dépassement, la recherche, le perfectionnement… J’apprends à me connaître, à jouer avec mes propres armes et pas forcément à skier comme on le verrait dans un magazine. C’est tout un développement – presque du développement personnel. J’adore essayer de maîtriser de nouvelles choses mais je pense que le biathlon sera le seul domaine où j’aurais été excellente. »
Parviens-tu à exister en dehors du biathlon ?
L. J. : « Je n’ai jamais eu la sensation de passer à côté de quelque chose parce que tout mon cercle proche a fait, ou fait encore, du biathlon ou du ski. Nous avions tous la même vie. Je ne sais pas ce que je pourrais regretter : faire la fête quand j’étais jeune ? Personne dans mon entourage ne la faisait. Actuellement, le sport prend souvent le dessus. Les rares temps libres, je les garde pour des choses simples, passer du temps avec ma famille ou avec mes amis. »
Nous avons parlé de la famille, mais quel est le rôle des amis dans ta vie ?
L. J. : « Je suis extrêmement chanceuse et reconnaissante d’avoir, depuis le début, quelques amies proches de moi et de pouvoir partager tout ça avec elles. Ce sont des piliers. Beaucoup étaient là quand je suis tombée pour la bataille du classement général il y a deux ans… Ça a été l’un de mes plus beaux moments, d’avoir vu mes copines être là pour m’aider à m’en relever. Je pense que je ne suis pas capable de leur rendre ce qu’elles m’ont donné durant cette période de vie très importante pour moi. »
De plus en plus d’athlètes de haut niveau s’expriment sur leur état mental. Est-ce, dans ton quotidien à 100 à l’heure, une préoccupation ?
L. J. : « Le 100 à l’heure, je l’apprécie. Ce qui est difficile, c’est plutôt la charge mentale que cela implique. Répondre à toutes les exigences d’un athlète qui a réussi aux JO, demande de prendre en compte tellement de paramètres ! Je n’arrive pas à penser à tout. Je ne suis plus simplement en train de faire du ski. Je gère des sponsors, une image, des réseaux sociaux, des apparitions médiatiques…. Et puis ma vie personnelle ! Tout le monde a ses trucs à faire chez soi ! Je n’ai pas un boulot unique, j’en ai trois, quatre. Au printemps, j’ai eu un peu de mal à gérer, j’ai senti que je ne faisais plus très bien les choses. Après les Jeux, j’ai reçu énormément de sollicitations. Même si j’ai refusé beaucoup d’interviews, cela m’a pris beaucoup d’énergie à un moment où j’aurais juste aimé ne rien faire… Mes propres exigences m’ont aussi épuisée ! Je sais que je vis en partie grâce à mon image : je cherche le bon équilibre ! »
Il y a tes tatouages, difficiles à manquer, ton chien déguisé sur les réseaux sociaux… Est-ce qu’il y a un personnage Lou Jeanmonnot ?
L. J : « De manière générale, je ne suis pas très extravertie. À travers les réseaux, j’apprends à me sentir à l’aise avec, non pas mes extravagances, mais mes aspects un peu différents. Avant j’aurais eu envie de les cacher mais ça ne me dérange plus de détonner un petit peu, que ce soit dans le positif ou le négatif. J’apprends et j’ai envie de rester moi-même. Même si les réseaux sont toujours édulcorés, j’essaye de montrer ce que moi j’ai envie de montrer… Mon chien en fait partie, parce qu’il est magnifique et mérite d’être vu par un maximum de monde (rire). Les tatouages, c’est mon truc personnel, je n’ai pas forcément envie de les expliquer, mais ils correspondent à différents moments de vie. J’en fait un par an depuis mes 17 ans. J’aime bien l’idée de grandir avec ces souvenirs. »
Tu es dans le circuit professionnel depuis 2021, tu as atteint cet hiver un niveau exceptionnel. Comment envisages-tu la suite ?
L. J. : « Si je réfléchis à moyen terme, je ne pense pas aller au-delà de 2030. J’aurai 31 ans lors des prochains Jeux… J’adore le sport mais le professionnalisme, l’exigence, la volonté qu’il faut y mettre à ce niveau-là, me paressent une ressource épuisable. C’est quand même une forme de dévotion. » •
Le biathlon, pas que l’hiver !
« Beaucoup pensent que les biathlètes se la coulent douce une fois l’hiver fini mais ils ne s’aperçoivent pas que le gros du travail, c’est maintenant. Lou s’entraîne six jours sur sept, avec souvent deux sessions par jour », affirme Sylvane, la maman de Lou Jeanmonnot. La biathlète précise : « Avril est un mois de repos, on peut vraiment faire ce que l’on veut, même couper totalement avec le sport. En mai, c’est la reprise. Jusqu’en septembre, on réalise notre volume d’entraînement foncier. On passe énormément de temps sur les skis-roues, à courir, à pédaler… À l’automne, on s’affûte : on commence les intervalles et les intensités pour préparer la caisse en vue de l’hiver. Puis, de décembre à mars, le rythme évolue. Au début, on garde un niveau d’entraînement relativement soutenu, alors que fin mars, on allège parce que les compétitions se suffisent à elles-mêmes. » Pour 2027, celle qui préfère se concentrer sur les objectifs techniques plutôt que sur les seuls résultats, souhaite améliorer sa vitesse à ski et de ranch time(1).
Mathilde Petit
Parcours en or pour la sertisseuse Elle passe ses journées au milieu de pierres précieuses. À 23 ans, Mathilde Petit […]
Dans l’atelier des géants disparus
On fait parfois d’étranges rencontres en Franche-Comté. Au détour d’une zone artisanale, derrière une façade presque discrète, se cache un […]
Agathe Grosjean, l’étoile montante de la charcuterie-traiteur
À 17 ans à peine, Agathe Grosjean a déjà décroché un titre national. Le 24 mars 2025, elle a été […]
Basile : il brille au championnat du monde des métiers
Ils sont jeunes, ils sont doués et font briller la région. Parmi eux, Basile Menassol-Schmidt, étudiant en conception microtechnique à […]