
Numéro 2
Magazine gratuit
Parution annuelle
Disponible dans plus
de 700 points de distribution
en Franche-Comté.
On parle de nous !
L'interview à voir ici

Écrit par Tiphaine Ruppert-Abbadi Posté le
Numéro : Papote n°2
Département : Haute-Saône
L’espace, le silence, une sensation de quasi apesanteur. En un instant, tout bascule : le bruit des gaz couvre tout, emplit tout. Un assourdissement qui tranche avec la silhouette fuselée des cigognes de métal qui décollent quotidiennement de la base aérienne de Luxeuil-Saint-Sauveur, sous le feu des projecteurs depuis plusieurs mois. Sa réhabilitation, prévue pour durer dix ans, propulsera la BA116 en première ligne de la stratégie de défense française.
Une base aux multiples visages
De la restauration au pilotage, des systèmes de télécommunication à la sécurisation du site, une cinquantaine de métiers cohabitent sur la base. Des fonctions occupées par des militaires du rang, des sous-officiers et des officiers. Dans l’Armée de l’air et de l’espace – ultra technique – la contribution au bon déroulement des opérations concerne tout le monde.
Sergent Flavie
Mécanicienne armement bord
Visage poupin et large sourire, le sergent Flavie tient la sécurité des pilotes de chasse entre ses mains. La jeune militaire de seulement 24 ans a notamment pour mission de maintenir en parfait état le paquetage utilisé en cas d’éjection de l’appareil, le gilet de sauvetage, le siège éjectable ou encore les paillettes (système de brouillage des avions). « J’aide à la survie du pilote », résume-t-elle simplement. Elle œuvre au sein de l’escadron de soutien technique aéronautique qui compte, sur la base luxovienne, quelque 120 membres. Occasionnellement, elle peut être détachée auprès de l’escadron de chasse pour renforcer les équipes d’armuriers. Originaire de Charente, elle a fait sa formation à l’École des sous-officiers de l’armée de l’Air et de l’Espace de Rochefort. « En 2024, j’ai été affectée à la BA 116. J’y resterai jusqu’en 2028. » L’Armée l’a toujours attirée, mais c’est bien de son métier dont elle est tombée amoureuse. « J’en apprécie la polyvalence, liée aux différents matériels et équipements sur lesquels on travaille, et le fait de voyager au gré des missions de l’avion que l’on suit. En deux ans, on m’a aussi donné des responsabilités, cette confiance est gratifiante. » À Luxeuil, elles sont, comme elle, une dizaine de femmes à occuper ce type de poste.
Capitaine Jiann et capitaine Antoine
Pilotes de chasse au sein du 1/2 Cigognes
L’escadron de chasse de la BA 116, compte de nombreux pilotes de chasse répartis au sein de trois escadrilles. Depuis 2025, le capitaine Antoine, 32 ans, est l’un d’entre eux. « Notre mission principale est la police du ciel : nous nous tenons prêts à décoller à tout moment pour observer un avion, l’assister en cas de besoin, signaler une infraction ou encore assurer notre souveraineté et ce dans tout le ciel français… Nous jouons également un rôle de défense. Nous pouvons protéger d’autres avions qui se font attaquer ou qui doivent bombarder. » Il pointe cependant l’exigence du métier : « Nous nous entraînons au vol tous les jours de l’année, quand nous ne sommes pas déjà en mission. »
À peine descendu de son aéronef, le capitaine Jiann, en service à Luxeuil depuis sept ans, abonde : « C’est un métier élitiste. Le plus difficile n’est pas de devenir pilote mais de le rester. Pendant dix ans, il n’y a aucun répit. C’est une évaluation permanente. »
Et le premier de reprendre : « La réhabilitation de la base offre des perspectives d’évolution, de nouvelles missions. Le Rafale les accomplit toutes, les pilotes de demain devront être extrêmement polyvalents. »
Sergent-chef Alexis
Instructeur Mirage 2000 à la BA116
Originaire de Belfort, le sergent-chef Alexis a connu plusieurs vies au sein de la BA 116. « Je suis entré dans l’Armée avec un BAC professionnel, en tant que militaire du rang, comme fusilier-commando. Je suis ensuite devenu mécanicien armurier. En parallèle, j’ai fait l’École des sous-officiers à Rochefort afin de changer de statut. J’avais le choix d’être affecté à Dijon ou à Luxeuil. J’ai choisi cette dernière pour pouvoir être proche des avions. J’aime être ici. Ma femme vient de Besançon, elle m’a suivi. Je suis aujourd’hui instructeur sur la base au sein de l’Unité d’instruction spécialisée pour le Mirage 2000. Autour d’un seul avion gravitent une douzaine de spécialités ! J’aimerais rester le plus longtemps possible ici mais je ne pense pas que je verrai l’aboutissement des travaux. »
Sergent-chef Alexandre
Gérant du restaurant de la base
« Entre la cuisine, le magasin, le service, le bar… Je gère une équipe de restauration de trente personnes. En semaine, nous servons 800 déjeuners. Environ 200 personnes vivent sur la base. » Le sergent-chef Alexandre est responsable du mess, le restaurant de la base, une composante du groupement de soutien commissariat qui emploie de nombreux militaires du rang. Il est arrivé à Luxeuil en 2025 et s’apprête à y passer les six prochaines années. « Auparavant, j’étais en Nouvelle-Calédonie », précise ce natif d’Arcachon. Diplômé d’un BEP en Hôtellerie-restauration, il commence tout en bas de l’échelle, « à la plonge », avant de monter les échelons. Il s’engage à 21 ans : « Ma famille comptait déjà d’autres militaires. Cela m’attirait pour la qualité de vie que cela procure : on pratique du sport, on peut facilement voyager… Quant à la restauration, j’ai toujours aimé faire plaisir. » Avec les travaux, sa charge de travail va progressivement monter en puissance : « Après l’arrivée du deuxième escadron Rafale, nous servirons environ 1500 repas/jour. »
Mission de haute voltige pour les équipes de la base aérienne
Dans le Pays de Luxeuil, la base aérienne Lieutenant-colonel-Papin″ – ou BA 116 – est une institution. Créée à la veille de la Première Guerre mondiale, point de chute des Fly boys de l’escadrille Lafayette, elle aura connu des montées en chandelles et des redescentes abruptes. Elle aura finalement résisté au temps. Nouveaux défis, nouvelles missions, les dix années à venir tracent une belle renaissance.
Fixer l’image avant le grand chambardement, quand le tumulte des engins de chantiers remplacera le vrombissement sourd des avions de chasse et le mouvement quasi muet du millier de militaires et civils qui travaillent à la BA116, Ville dans la ville qui étend ses 477 ha sur quatre communes : Saint-Sauveur, Breuches, La Chapelle-les-Luxeuil et Baudoncourt.
Actuellement, la base contribue aux missions principales des Armées : dissuader, en protégeant en continu les avions porteurs de l’arme nucléaire, sécuriser l’espace aérien national (police du ciel), intervenir et prévenir, via des détachements permanents comme à Djibouti, et anticiper, grâce au radar de veille spatiale installé à proximité de la base. Avec l’arrivée prévue du Rafale standard F5 et du missile ASN4G (2032), le site retrouvera sa pleine vocation nucléaire, abandonnée en 2011. En 2036, « Luxeuil sera the place to be ! il n’y aura pas plus moderne en matière d’aéronautique en France et peu d’égal dans le monde », souligne avec une pointe d’humour le colonel Roux, commandant de la base.
Des enjeux contemporains
C’est que le chantier à venir s’annonce pharaonique : 4 ans de travaux effectifs, 1,5 milliards d’euros d’investissement, des centaines de camions par jour, des centaines d’ouvriers. « Une telle décision n’est prise que tous les vingt ans. C’est une mission qui nous est confiée. Nous avons dix ans pour construire l’une des bases majeures en matière de sécurité nationale mais aussi de protection de nos alliés. L’échec n’est pas une option », reprend, plus solennel, celui qui supervise la mise en place du processus.
Le premier vrai coup de pelle ne sera donné qu’en 2029 mais depuis le mois de mars 2025 et l’annonce de cette métamorphose par le président de la République en personne, tout le monde en parle, se prépare, spécifie ses besoins pour s’assurer de la fluidité des opérations. Elle traduit la nécessité de moderniser les Forces aériennes stratégiques. « La situation géopolitique actuelle conforte le choix de la France d’avoir pérennisé la dissuasion nucléaire. Depuis soixante ans, nous en bénéficions tous. L’augmentation de l’insécurité nous oblige dès aujourd’hui à nous montrer plus attentifs, à intensifier nos entraînements. Cela sera encore plus exigeant demain. La France s’est dotée d’une défense souveraine, c’est un patrimoine à entretenir. Luxeuil, c’est cela : une dissuasion adaptée aux situations contemporaines. »
Avant de renaître pour de bon dans dix ans, la base devra adapter son activité. « D’ici 2029, nous perdrons 40% de nos effectifs. Les civils seront reclassés localement et les pilotes et mécaniciens du Mirage 2000-5 seront mutés sur des bases Rafale pour se former et, éventuellement, revenir après. Il n’y aura plus d’avion sur la plateforme, mais la base restera active », confirme le colonel Roux. Difficile à imaginer tant les allers-et-venues des Cigognes rythment le quotidien des 1021 personnels qui peuvent lever les yeux au ciel jusqu’à trente fois par jour.
Un triple défi
« Le nouveau Rafale représente un véritable bond technologique. Une plus grande connectivité, de l’intelligence artificielle, la capacité de voler en patrouille avec des drones autour de lui…
Cet avion est très différent de ce qui existe à l’heure actuelle. Quant au missile ASN4G, avec lequel il est compatible, il s’agit d’un modèle hypervéloce et hypersonique, pouvant atteindre sept à huit fois la vitesse du son, tout en restant manœuvrable », détaille le haut gradé. Tout l’enjeu est de parvenir à « déployer en temps et en heure ces technologies de rupture, intégralement françaises ».
D’autant que la base sera confrontée à deux autres défis, infrastructurel et humain. Prélude à 2029, le démantèlement des bâtiments, dont la plupart date de 1952, devrait commencer dès cette année. « Nous devrons bâtir cinquante bâtiments en même temps, tout en reprenant les 2 400 m de piste d’atterrissage et en adaptant la voirie, les accès, ainsi que les réseaux d’énergie, d’eau et de communication. Il y aura des tranchées partout ! »
Côté humain, la BA 116 accueillera deux escadrons de pilotage au lieu d’un seul actuellement et doublera son effectif, rajeuni pour l’occasion. « Nous allons devoir recruter et former plus de 1000 personnes dans des domaines de pointe. Nos pilotes, mécaniciens, contrôleurs et tous ceux qui réaliseront les missions de la base au format Rafale, sont aujourd’hui au collège et au lycée. »
Sur les métiers du pilotage ou de la mécanique, le recrutement est national : « Les gens se sentent bien à Luxeuil et pour rassurer ceux qui ne connaissent pas la région, nous ne sommes pas plus éloignés de Paris que ne l’est la base de Bordeaux, mais il y a un imaginaire collectif alors que nous avons beaucoup d’atouts. Il faut favoriser l’attractivité car les militaires viennent en famille. »
Un projet de territoire
Derrière la BA 116, il y a tout un territoire. Une étude de l’INSEE (2025) révèle que 2700 personnes dépendent de l’activité du site, dont le budget annuel de 7,5 millions d’euros irrigue en partie l’économie locale. Par ailleurs, les militaires du rang (chauffeurs, cuisiniers, pompiers…), souvent recrutés sur place, représentent 31% des effectifs de la base.
Des synergies qui s’illustrent aussi au travers de nombreux partenariats entre la base et les établissements scolaires et universitaires de la région : par exemple, la contribution au BTS aéronautique créé en 2025 au lycée Lumière de Luxeuil. Et, bien sûr, à travers la mise en place d’un comité de pilotage, qui s’assure de la conduite de toutes les actions locales nécessaires pour la transformation de la BA116. Adossé à une convention Armée-Territoire, il réunit la base, les services de l’État et les collectivités locales autour des questions d’aménagement, d’emploi, de services aux populations, d’économie locale et des liens armée-nation. « Le contexte local est très favorable. Cette cohésion, cette culture de défense, c’est en partie pour cela que notre base a été choisie pour cette mission ! »
À l’heure d’imprimer ce deuxième numéro de Papote, nous prenons connaissance de l’enquête publiée par l’Est Républicain le 25 juillet dernier. Celle-ci fait état de la contamination par des polluants éternels de la nappe phréatique du Breuchin, qui alimente en eau potable un bassin de plus de 22 000 habitants. Selon le quotidien, la BA 116, mise en cause, pourrait faire l’objet d’une plainte. Ayant réalisé ses interviews bien en amont, entre mai et juin, sans ces informations, et notre bouclage se déroulant le 27 juillet, notre rédaction n’a pas pu interroger le commandant de la base à ce sujet.
Del Vino, ce club secret prisé des légendes du rock
Ni cave à vin ordinaire ni vraiment salle de concert. À Orchamps-Vennes, dans le Haut-Doubs, se cache un club privé […]
Numéro : Papote n°2
Département : Doubs
UCPVax : le vaccin anticancer made in Besançon passe à la vitesse supérieure
Après plus de dix ans de recherche, le vaccin UCPVax poursuit son développement avec des résultats très encourageants contre plusieurs […]
Numéro : Papote n°2
Département : Doubs
Shine Research
passe en mode new game + Il a découvert les plaisirs geek sur Amstrad CPC. Il a fait ses armes […]
Numéro : Papote n°2
Département : Doubs
La Folie du Padel
Il y a encore cinq ans, la plupart des Franc-Comtois n’auraient pas su distinguer une raquette de padel(1) d’une raquette […]
Numéro : Papote n°2
Département : Doubs Haute-Saône Jura Territoires de Belfort