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Derrière les murs épais de l’ancien hôpital Paul-Morel à Vesoul, un projet hors norme est en train de prendre vie. Nouveau propriétaire des lieux, l’association Handy Up y dessine les contours d’un complexe hôtelier inclusif, ambitieux et profondément humain. Visite guidée d’un lieu en friche qui s’apprête à devenir l’un des projets les plus marquants de la région.

Il faut du souffle pour gravir la pente qui mène à l’ancien hôpital de Vesoul. Du souffle… et un brin d’imagination. Car au premier regard, le site semble figé dans le passé : fenêtres murées, murs et toitures fatigués, herbes folles et quelques vestiges de squat. Pourtant, derrière cette façade du 17e siècle sommeille un rêve collectif porté par Handy Up, groupe associatif né du rapprochement entre l’Adapei de Haute-Saône et l’AGEI de Côte-d’Or, engagé de longue date en faveur de l’inclusion des personnes en situation de handicap. Ce rêve a trouvé une rampe de lancement officielle en décembre 2022, lors de l’Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) publié par la Communauté d’agglomération de Vesoul.
Le bâtiment, vide et endormi depuis plus de 12 ans, a connu mille vies : couvent des Capucins, hôpital militaire, école, réserve militaire, puis hôpital public. Il s’apprête aujourd’hui à entamer sa septième existence. Rebaptisé Castel Vesulium, en hommage au Castrum Vesulium – l’ancien château de Vesoul dont la Motte servait de chapelle – il deviendra d’ici 2030, un complexe touristique et économique unique en son genre. « Ce n’est pas un simple hôtel, c’est un site inclusif, un projet économique et touristique qui va faire vivre le territoire avec une vraie utilité sociale », explique, enthousiaste, Kevin Chabod, directeur du site.
Un complexe inclusif en cinq piliers
Difficile de résumer Castel Vesulium tant il embrasse d’usages différents. Ainsi, ce sont cinq pôles qui coexisteront dans ses 8 000 m² de surface : un hôtel 4 étoiles – le premier de Haute-Saône- d’une cinquantaine de chambres ; un restaurant semi-gastronomique ; un espace bien-être niché dans les caves voûtées (spa, hammam, jacuzzi, salle de sport) ; un centre d’affaires avec espaces de coworking, salle de séminaire et brasserie, ainsi qu’un pôle tertiaire composé de bureaux administratifs loués à l’année. « Nous avons fait plusieurs études de marché qui démontrent que lors de grands événements professionnels, les participants dorment à Belfort, Montbéliard ou Dijon mais jamais en Haute-Saône car l’offre n’existe pas. Aussi, seulement 18 % des touristes étrangers de passage en Haute-Saône restent plus de deux jours. Mais demain, ils resteront. Parce qu’il y aura un lieu, une atmosphère, une expérience. »
Chacun des cinq pôles du futur complexe a été pensé selon une double ambition : accueillir le public dans toutes ses diversités, et permettre l’intégration professionnelle durable de personnes en situation de handicap. Sur les 70 emplois prévus, 42 seront ainsi spécifiquement réservés à ces publics, dans une logique assumée d’entreprise adaptée. « Le projet défend un principe d’inclusion inversée : accueillir des salariés mais aussi des clients avec tous types de handicaps – moteurs, auditifs, intellectuels ou visuels. Le défi architectural est donc d’imaginer un lieu où chacun trouve ses repères, sans que les aménagements soient visibles ou stigmatisants », précise Kevin Chabod. Un concours d’architecture a été lancé à l’échelle nationale. Résultat : 69 candidatures venues de toute la France. Une preuve, s’il en fallait, de l’écho que suscite le projet dans le monde professionnel.
Un restaurant dans une chapelle classée

C’est sans doute l’un des lieux les plus saisissants du site : l’ancienne chapelle de l’hôpital. Désacralisée, baignée de lumière et aux volumes spectaculaires, elle servira d’écrin au futur restaurant semi-gastronomique. Ici, les vitraux seront conservés, les voûtes restaurées avec soin et l’acoustique repensée pour offrir une expérience culinaire à la hauteur du cadre. Aux manettes ? Mathieu Bertrand, chef du Caveau du Grand Puits, une référence gourmande à Vesoul qui a choisi de quitter ses murs historiques pour embarquer dans cette aventure.
Un partenariat engagé, puisque le restaurateur rejoint le projet comme actionnaire minoritaire et copropriétaire du lieu. « L’objectif à terme serait d’aller chercher des étoiles car nous n’avons plus de restaurant étoilé en Haute-Saône », confie Kevin Chabod.
Un pari économique et humain, sans fonds publics
En arpentant les couloirs aux pierres usées, en frôlant les poutres monumentales ou en rêvant devant l’ancienne pharmacie classée, on devine ce que ce lieu pourrait devenir. Nul besoin de plans 3D : l’imaginaire travaille à plein. Les maquettes, attendues pour l’été, viendront incarner cette vision ambitieuse. Mais la force du projet tient aussi à son indépendance financière. « Nous avons acheté le bâtiment 500 000 € avec un programme de travaux estimé à 20 M€, le tout financé sans aides publiques, sur fonds propres et emprunts. Nous sommes le 4e employeur de Haute-Saône, nous avons les reins solides, et surtout, la volonté d’investir sur le territoire, durablement. »
Le parc, lui, restera ouvert aux Vésuliens pour préserver l’ancrage local du lieu. Il faudra patienter jusqu’à mi-2026 pour voir démarrer les travaux. Première livraison prévue en 2028 (bureaux et restaurant), avant l’inauguration complète en 2030 •
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