
Numéro 2
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Écrit par Manuel Posté le
Les Lang tirent les ficelles de père en fils
À l’origine du Théâtre de marionnettes de Belfort et d’un festival dédié, Jean-Paul Lang explore, depuis quarante-cinq ans, les mondes imaginaires avec avidité… et en famille. Derrière le castelet, Papote a rencontré deux générations de marionnettistes qui s’adressent tant aux adultes en devenir qu’à ceux que l’enfance n’a pas désertés.
« Après mon service militaire, je ne savais pas quoi faire. J’étais mécanicien-diéséliste. Ce qui se dessinait, c’était la voie classique : le travail, la famille, les enfants. Je suis parti faire mon premier tour du monde. Au Canada, j’ai assisté à mon premier spectacle de marionnettes », se remémore Jean-Paul Lang, durablement marqué.
Le fondateur du Théâtre de marionnettes de Belfort (TMB) était loin, à cet instant, de se douter qu’il en ferait sa vie. Et pourtant ! À la fin de son périple, il rencontre sa première épouse dont la mère prépare un spectacle : au pied levé, il remplace un marionnettiste. Puis,travaille en intérim à Charleville-Mézières (08), sur le plus grand festival au monde de la discipline. Il est piqué. « Quand je suis revenu, c’était devenu une évidence. »
Un temple de la marionnette
Il créé la compagnie « Une Poignée d’images », en 1981, répète dans sa salle à manger. Le festival international de marionnette naît en 1983. Il permet aux Belfortains de plonger dans l’imaginaire de marionnettistes du monde entier. En 1996, avec un soutien institutionnel, la compagnie trouve son port d’attache : un ancien temple protestant, bâti par un disciple de Le Corbusier.
Le TMB reste aujourd’hui l’un des rares lieux en Franche-Comté et en France exclusivement consacrés à cet art. Il abrite aussi une incroyable collection : 3 000 marionnettes glanées au fil des voyages. En 2025-2026, environ 30 compagnies internationales ont présenté leur spectacle et 6 ont été accueillies en résidence. Des centaines d’écoliers ont assisté à des représentations. Le jeune public est un axe fort. « Nous voulons rester un art populaire même si certains spectacles sont plus exigeants. Tous les enfants de Belfort voient au moins un spectacle par an », précise Jean-Paul Lang. Par ailleurs, chaque année, 10 à 15 artistes bénéficient du programme de l’Académie européenne de Marionnettes.
Sur scène, des humains et des machines
C’est cette aventure que co-construit depuis trente ans, Natalia Bougaï Lang, scénographe ukrainienne et seconde épouse de Jean-Paul. Les marionnettes et les décors, c’est elle. Ici de la peinture, là des plumes et des sequins, partout des héros de papier-mâché qui vous observent du coin de l’œil : l’atelier de Natalia est au cœur des créations du théâtre.
Et c’est dans cet entre-deux-mondes que grandit Antonin Lang, 40 ans, formé auprès de grands noms de la discipline et directeur artistique du TMB depuis le départ en retraite de son père. Les marionnettes sont dans la famille depuis longtemps. La grand-mère maternelle, donc, « donnait des cours de théâtre option marionnette au lycée. À 11 ans, elle écrivait déjà des pièces », raconte-t-il. Un cadre abrite plusieurs petites poupées de chiffon : « Ce sont des marionnettes fabriquées par mon arrière-grand-mère. »
Dans cet héritage, comment faire sa place ? « L’amour de la marionnette nous réunit ! Je suis le fruit du travail de mes parents. À chaque spectacle on passe des étapes, on se remet en question », affirme Antonin, auteur de plusieurs spectacles. Homo Deus, sa dernière création, ambitieuse, associe marionnettes, musique électro-rap et nouvelles technologies. Le rappeur Pihpoh est de la partie. Le sujet : quelle liberté dans une société contrôlée par l’IA ? « C’est une petite pierre à l’édifice du débat… mais j’ai moi-même utilisé l’IA pour générer les vidéos projetées durant le spectacle. » Natalia souligne : « Notre compagnie a souvent intégré la vidéo par le passé. » Et Antonin d’assurer, souriant : « Je ne suis pas dans la rupture mais dans la continuité. Ils me font confiance. Je veux qu’ils sentent que tout ça, c’est grâce à eux. » •
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